Vlady Stévanovitch
Qui était Vlady Stévanovitch ?
Vlady Stévanovitch, fondateur de l’Ecole de la Voie Intérieure, a développé et transmis un enseignement extrêmement riche dont les racines sont profondes et les ramifications nombreuses. Nous vous en proposons un aperçu par thème :
Biographie
« Mon Maître. Il s’était penché sur ma jeunesse avec tant de bonté ! Il a guidé mes premiers pas avec tant de patience ! J’ai longtemps cru qu’il n’avait guidé que mes premiers pas. Je sais aujourd’hui qu’il a guidé toute ma vie. »
Vlady Stévanovitch, Texte « Les Contradictions »
Vlady Stévanovitch est né en 1925 à Belgrade, dans l’actuelle Serbie, d’un père serbe et d’une mère belge. Passionné de musique mais confronté à des difficultés respiratoires, il trouve à 14 ans ce qu’il croît être un professeur de yoga et le supplie de l’aider. Celui qui sera son premier maître accepte, et lui transmettra en quelques années cruciales des fondements qui vont bien au-delà de ce dont le jeune adolescent a conscience à ce moment. Vlady cultivera toute sa vie les acquis de cette période initiatique.
Lors la seconde guerre mondiale, il sera un patriote résistant communiste, puis s’opposera au régime de Tito après la guerre. Contraint de fuir la Yougoslavie, il s’installe en France et retrouve sa vocation de musicien en jouant principalement du hautbois comme professionnel. Vlady rencontre à Paris son deuxième maître qui l’aidera à amener à maturité sa pratique énergétique à travers des techniques vocales, posturales et de méditation. Il se découvre également des dons pour le soin.
« Pour moi le Taï Ji Quan est devenu un extraordinaire moyen de transmission de l’enseignement que j’avais reçu de mes deux maîtres précédents. (…) Je retrouvais les deux voies réunies dans l’enseignement que je recevais du maître chinois. Les deux voies abordées dans une pratique corporelle d’une richesse exceptionnelle. »
(Vlady Stévanovitch, L’Essentiel, Janvier 1999, p. 33)
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Installé en Belgique au début des années 70, il applique à son activité de soin ses savoirs énergétiques, et s’initie au Taï Ji Quan avec maître Kuo Chi. Jusqu’au milieu des années 80, Vlady se consacre aux soins tout en approfondissant sa pratique de Taï Ji Quan. Cette discipline lui offrira le support idéal pour commencer à transmettre ses connaissances, dont il réalise une synthèse dans l’Art du Chi.
Vlady abandonnera complètement ses activités thérapeutiques à la fin des années 80 et se consacrera à l’enseignement de l’Art du Chi après avoir fondé l’Ecole de la Voie Intérieure en 1988 avec sa femme, Michèle. Il installera en 1996 le centre international de formation des enseignants de l’Ecole à Oppedette, dans le Luberon en France. C’est là qu’il développera les nouveaux modes de transmission par des enregistrements sonores chargés en Chi, jusqu’à sa mort en 2005.
Vlady et la pratique de l’Art du Chi
Vlady a enseigné différentes techniques énergétiques qui étaient pour lui des facettes d’une recherche commune : l’exploration du monde intérieur. En dépit de la diversité de ces approches, Vlady les a toutes maîtrisées au plus haut point. S’il estimait ne plus pouvoir exceller dans un domaine, il cessait d’en faire une de ses priorités. Ainsi n’a-t-il pas voulu continuer à jouer du hautbois en amateur.
« …Ostéo-tendino-neuro-musculo-vasculo-lipido cutané… »
(Vlady, au moins une fois par cours)
Il n’est sans doute pas inutile de décrire Vlady pour mieux comprendre ce que cette maîtrise implique et la référence que cela représente pour les enseignants de son école. Vlady ne passait pas inaperçu dans la rue : non seulement il était grand, mais il avait un port altier. Sa posture assise était parfaite, sans jamais être figée. Dans le Taï Ji Quan ses mouvements étaient fluides, précis et portés, en un contraste étonnant avec sa haute stature. Les « simples » exercices des mains exécutés par lui devenaient des tours de magie. Enfin, le langage de ses cours était toujours clair, précis et d’une syntaxe impeccable, sauf quand il faisait des calembours.
« Le Taï Ji Quan est un art. Et un art, ça ne s'apprend pas en quelques mois, ni en quelques années. L'art ça se cultive, ça se perfectionne, ça s'élabore. Et de toute façon il nécessite une maturation. Posséder un art signifie que l'on a consacré des milliers d'heures à l'apprentissage. Et des dizaines de milliers à la pratique.
(Vlady Stévanovitch, « Voulez-vous jouer avec moa ? »)
Vlady considérait qu’un enseignant doit nécessairement être un pratiquant très avancé, en suivant son exemple. Evidemment, cela ne se fait pas du jour au lendemain ni sans investissement. D’où son insistance sur l’engagement et le professionnalisme des enseignants.
Vlady enseignait des pratiques qu’il s’appliquait à lui-même. Ces pratiques et leur transmission sont le cœur de son enseignement : les livres et les discours, auxquels il a pourtant lui-même consacré un temps considérable, sont de son propre avis une perte de temps !
La santé, le soin et la médecine vus par Vlady
«"J’aime la vie, moi! Je bois, je fume, je me drogue. J’aime la vie!" Ça ne s’invente pas! On me l’a dit avec une totale conviction. Rien ne pouvait mieux définir l’égarement de l’homme contemporain.
Aimer la vie c’est s’aimer soi-même. C’est aimer son corps. ».
Vlady Stévanovitch, Médecins devenez guérisseurs, p. 17.
Pour Vlady, préserver sa santé est d’abord et avant tout la responsabilité personnelle de chacun. D’ailleurs, le premier bénéfice des pratiques énergétiques est la santé : souplesse, endurance, aisance… sont des étapes initiales de toute recherche intérieure.
Exercer sa responsabilité implique aussi de chercher de l’aide lorsqu’on a des difficultés de santé. Vlady a toujours dit que les personnes qualifiées pour donner cette aide sont les docteurs en médecine. Il était d’autant plus critique de l’orientation très technicienne et mécaniste prise par la médecine occidentale moderne, parce que cet appareil technique finissait par faire obstacle à la relation humaine et à l’écoute globale du patient qui devait rester le premier devoir du médecin.
«Mes connaissances en médecine ne dépassent pas le niveau de l’homme de la rue. Aussi c’est aux médecins que je demande de se pencher sur le Chi en médecine. Le Chi est un élément essentiel de la santé. Manipulé par un médecin qui en a la maîtrise, il peut être un facteur thérapeutique d’une grande efficacité. ».
Vlady Stévanovitch, Brochure des stages « Le Chi en médecine ».
Pour lui, il fallait au contraire rechercher la complémentarité entre les moyens techniques (médicamenteux, chirurgicaux, etc.) et l’approche énergétique du malade. Vlady a toujours exercé son activité de soin comme complément à celui de la médecine classique. Mais si les gens venaient chez lui, c’est bien parce qu’il était efficace quand les médecins ne l’étaient plus. Dès lors, pourquoi les médecins ne se donneraient-ils pas les moyens d’être aussi efficaces ? C’est ce qu’il a enseigné aux groupes de médecins qui viennent se former à Oppedette : sans abandonner leur spécialité, acquérir des techniques, une sensibilité et un potentiel énergétique qui leur permettrait d’être efficaces sur tous les plans.
Cette volonté de donner à tout le monde les moyens de se soigner par le Chi s’est aussi traduite dans sa recherche sur les sons porteurs de Chi pour les applications de santé. Il a ainsi mis au point une série de sons destinés à revitaliser les participants aux stages. Il a également développé le signal utilisé pour l’émetteur d’Ondes Vives, un appareil de revitalisation et de confort personnel.
La philosophie de Vlady
L’idée de parler de sa philosophie aurait fait rire Vlady. On peut cependant appeler ainsi, faute de mieux, les propos qu’il a tenus dans de nombreux textes et parfois dans ses cours, et qui tiraient les conséquences de sa pratique pour sa conception du monde. Les opinions exprimées par Vlady étaient fortes et suscitent la polémique. C'est d’ailleurs leur but : ébranler les certitudes des lecteurs et auditeurs sur la défensive…
Tout d’abord, Vlady avait une vision très critique de la capacité des humains à percevoir la réalité, en commençant par leur propre corps. Pour lui, nous sommes les jouets de nos cinq sens et de notre raison. Nécessaires pour assurer notre survie matérielle, ils nous construisent une image grossière de la réalité, et nous y maintiennent si nous ne recherchons pas une sensibilité intérieure plus subtile. Le matérialisme et le scientisme naïf de notre civilisation ne font que renforcer cette tendance. Vlady a des propos très durs sur notre arrogance de « civilisés » et sur l’impérialisme et l’irresponsabilité des scientifiques.
« La vie ! La vie, mes enfants ! La vie ! Ce jaillissement intarissable de l’impossible, ces chefs-d’œuvre à jamais inégalables ! Quand on a appris à voir et à sentir la vie, tout le reste paraît si étriqué et si insignifiant que c’en est ridicule. Une table se met à tourner toute seule ? La belle affaire ! »
Vlady Stévanovitch, La voie du Taï ji Quan, p. 224.
Vlady rejette tout autant les théories fumeuses sur des réalités cachées ou des mondes parallèles. Pour lui, tout est là, à la portée de qui veut bien se donner la peine de s’intéresser à la vie et à la réalité de manière fine. Ainsi, pour lui, il n’y a pas de phénomènes « paranormaux », de miracles ou « d’êtres supérieurs ». Il n’y a que des manifestations réelles des potentialités, encore mal comprises, du vivant. Le Chi est le véhicule des manifestations de la vie, et tant qu’on n’aura pas mieux compris la nature du Chi – notamment ses rapports avec la volonté – on gardera une vision tronquée du monde. La pleine réalité est accessible par les pratiques internes, et non par un discours intellectuel. Les ouvrages de Vlady dénoncent et rejettent toutes les impostures intellectuelles, mais ne proposent pas de théorie de rechange. Il nous ramène systématiquement à la pratique.
Enfin, Vlady enseigne que la vie n’a pas d’autre sens qu’elle-même. Elle est une fin en soi, et son développement et son accroissement font partie d’un ordre cosmique qui dépasse très largement nos destins individuels ou le devenir d’une espèce. Vlady a nommé cette logique fondamentale de développement du vivant le « Bios », et son œuvre ne propose rien de plus comme catégorie « spirituelle ».
Pour s’intégrer dans l’ordre du vivant, notre seul devoir individuel est de protéger et de propager la vie, la sienne propre d’abord (nécessairement), et celle des autres. Une des manifestations du Bios est l’amour, qui permet aux individus de dépasser leur individualité. Cet amour prend des formes diverses, toutes importantes : l’amour de soi d’abord, auquel Vlady donne un sens très physique, presque cellulaire, et en l’absence duquel l’autodestruction fait ses ravages. L’amour des autres : au sein d’un couple, entre la mère et l’enfant, entre humains, et finalement entre vivants. La guerre et la violence, au sujet desquelles Vlady a pourtant écrit des pages déchirantes, ne sont que des déviations pathétiques et finalement superficielles du point de vue du Bios. Il en va de même des dérives de notre civilisation, pourtant selon lui plus destructrices que les agressions volontaires de la guerre.
Vlady et la transmission
« J'ai essayé d'être clair. Ma seule intention était de transmettre. De payer ma dette envers mes maîtres qui se sont donnés tant de mal à m'instruire moi-même. » (Vlady Stévanovitch, Le Chi, Voie de la Vie, Tome 1, 4ème de couverture)
Vlady s’attachait à la transmission de son acquis avec un sentiment d’importance, et même d’urgence. C’est dans cette optique qu’il fonde en 1988 l’Ecole de la Voie Intérieure et qu’il formera jusqu’à sa mort en 2005 de très nombreux enseignants dans le monde entier. La continuité de son travail est assurée par Michèle Stévanovitch et les formateurs, maintenant garants de la fidélité de la transmission.
L’extension de l’enseignement se double d’un souci de transmettre le plus et le mieux possible, sans secrets. Cette ouverture est inhabituelle dans les disciplines internes d’origine orientale. En effet, la poursuite d’une voie intérieure (au sens oriental) est souvent considérée comme un travail personnel « qui se mérite » et où le pratiquant doit passer par des étapes initiatiques difficiles, sans explications claires. Ce n’est pas pour rien que l’adjectif « ésotérique » s’applique aux voies internes et qualifie en même temps des choses obscures et incompréhensibles…
Dans la mesure du possible, Vlady a inversé cette démarche : il souhaite rendre la pratique de l’Art du Chi, en tant que voie interne, aussi accessible que possible. Dans la Méthode Stévanovitch, la pédagogie prend donc une très grande importance. Les cours sont structurés et les indications sur les mouvements, les sensations à rechercher, etc. sont détaillées. Bien que les notions maniées soient effectivement celles des enseignements traditionnels, le vocabulaire est dépouillé de toute référence orientale. On évite d’entraîner le pratiquant dans des élaborations théoriques et culturelles. C’est aussi pour transmettre le mieux possible, au-delà des mots, que Vlady a développé les supports sonores chargés en Chi, utilisés dans l’enseignement et dans le disque destiné à la relaxation.
Il ne faut cependant pas croire que ce dévoilement banalise et mécanise l’enseignement. En dépit de toutes les explications, chaque pratiquant devra faire un travail intérieur qui mobilisera toute son attention et sa volonté. L’enseignant et la méthode peuvent faciliter le travail de l’élève, mais au bout du compte personne ne pourra le faire à sa place ! Et rien ne pourra enlever son émerveillement à l’élève quand son travail porte ses fruits.
Vlady, un maître
« Il y a un signe sûr qui vous fera immédiatement reconnaître les grands imposteurs de notre époque. C’est la Rolls blanche. »
Vlady Stévanovitch, Médecins devenez guérisseurs, p. 65
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Vlady se refusait le titre de maître. Il a toujours préféré qu’on le tutoie. C’est ainsi que l’on s’adressait à lui dans ses cours, et quiconque lui aurait posé une question en l’appelant Maître eut paru ridicule. Sa méfiance à l’égard des titres ronflants provient sans doute des abus d’usurpateurs et charlatans divers. Les dérives sectaires et les tragédies qui en résultent l’ont toujours désolé. Plus fondamentalement, les hiérarchies sociales – religieuses ou autres – ne lui ont jamais semblé un gage d’authenticité, et il s’en moquait avec plaisir. L’autodérision et l’humour étaient souvent présents lors de ses cours, et il ne reculait jamais devant une blague – surtout idiote !
« Les instruments de l’orchestre s’accordent d’après le ‘la’ du hautbois. J’ai gardé une habitude de mon passé de hautboïste : je donne le ‘la’ ».
Vlady Stévanovitch, La Voie du Taï Ji Quan, p. 9.
Il n’avait par contre aucun doute sur le fait qu’il avait pour mission de transmettre, et que cette transmission méritait le respect et instaurait un ordre. Sa conscience de l’importance de sa tâche l’amenait à une certaine intransigeance, que tous les élèves ont pu ressentir dans les cours : il avait la certitude de la justesse de ce qu’il enseignait. Cela le conduisait aussi à des propos et des attitudes qui remettaient les élèves en question, voire à des provocations délibérées. Pour ceux qui fréquentaient Vlady de plus près, cette intransigeance dans la recherche du comportement juste s’étendait à tous les domaines de l’existence.
Il était tout à fait possible d’éviter ces aspects, en en faisant abstraction ou en évitant de se confronter à Vlady. Les bénéfices de l’Art du Chi demeurent. Mais pour ceux qui s’y risquaient avec confiance, ces rapports de maître à élève étaient une manière de travailler sur les aspects les plus profonds de leur être. Et c’est un travail qui pouvait s’étendre sur des décennies sans s’épuiser.
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