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Un maître

un Maître de Taï Ji Quan- Qi Gong

Vlady se refusait le titre de maître. Il a toujours préféré qu’on le tutoie. C’est ainsi que l’on s’adressait à lui dans ses cours, et quiconque lui aurait posé une question en l’appelant Maître eut paru ridicule. Sa méfiance à l’égard des titres ronflants provient sans doute des abus d’usurpateurs et charlatans divers. Les dérives sectaires et les tragédies qui en résultent l’ont toujours désolé. Plus fondamentalement, les hiérarchies sociales – religieuses ou autres – ne lui ont jamais semblé un gage d’authenticité, et il s’en moquait avec plaisir. L’autodérision et l’humour étaient souvent présents lors de ses cours, et il ne reculait jamais devant une blague – surtout idiote !

« Les instruments de l’orchestre s’accordent d’après le ‘la’ du hautbois. J’ai gardé une habitude de mon passé de hautboïste : je donne le ‘la’ ».

Vlady Stévanovitch (La Voie du Tai Ji Quan, p. 9)

Il n’avait par contre aucun doute sur le fait qu’il avait pour mission de transmettre, et que cette transmission méritait le respect et instaurait un ordre. Sa conscience de l’importance de sa tâche l’amenait à une certaine intransigeance, que tous les élèves ont pu ressentir dans les cours : il avait la certitude de la justesse de ce qu’il enseignait. Cela le conduisait aussi à des propos et des attitudes qui remettaient les élèves en question, voire à des provocations délibérées. Pour ceux qui fréquentaient Vlady de plus près, cette intransigeance dans la recherche du comportement juste s’étendait à tous les domaines de l’existence.

Il était tout à fait possible d’éviter ces aspects, en en faisant abstraction ou en évitant de se confronter à Vlady. Les bénéfices de l’Art du Chi demeurent. Mais pour ceux qui s’y risquaient avec confiance, ces rapports de maître à élève étaient une manière de travailler sur les aspects les plus profonds de leur être. Et c’est un travail qui pouvait s’étendre sur des décennies sans s’épuiser.

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